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Cyrille THOUVENIN
Filmographie
2000 - La confusion des genres
Réalisation : Ilan Duran Cohen

La critique d'Ecran Noir

 

Avec : Pascal Greggory, Julie Gayet, Vincent Martinez, Nathalie Richard, Alain Bashung, Cyrille Thouvenin (Christophe), Bulle Ogier, Nelly Borgeaud, Valérie Stroh, Malik Faraoun, Marie Saint-Dizier

 

 

La critique d'Ecran Noir : Ilan Duran Cohen est d'abord un écrivain. Issu de la NY University Film School, il a réalisé son premier film en 1991 (Lola Zipper). La Confusion des genres, précédé d'une bonne rumeur, est son second opus.
Pour La Confusion des genres, il a engagé un casting détonnant : l'ambigüe et chouchou de Chéreau, Pascal Greggory, en premier lieu. On l'a déjà vu dans La Fidélité cette année. Là il incarne l'infidélité pure. Mais il y a aussi des espoirs comme Gayet et Martinez, un chanteur (Bashung), et une valeur sûre, Bulle Ogier (Vénus Beauté). Ainsi que Nathalie Richard, déjà vue dans Code Inconnu, et plusieurs fois chez Assayas et Rivette. Le film sort le 27 décembre, à temps pour les César, mais pas forcément à temps pour le public. Noël est une période difficile pour se faire une place en salles, notamment pour des films d'auteur de ce type. La Confusion des genres devrait sans doute séduire les gays, les amateurs d'histoires compliquées, et finalement les cinéphiles aimant les bons dialogues.

CHANT GREGGORYEN : C'est pas une gastro, l'amour !
Film très tendance, La Confusion des genres a été réalisé pour plaire tant aux cinéphiles amateurs d'art et d'essai, de films d'auteur à dialogues, qu'aux romantiques, toutes sexualités confondues, qui apprécient les scènes de cul filmées crues. Au croisement des genres, le film d'Ilan Duran Cohen estavant tout le portrait d'un homme contemporain, doutant de son identité et du sens à donner à sa vie. Pour bien le "confondre", le scénario lui fait croiser sa meilleure amie qui tombe enceinte de lui, un client emprisonné pour meurtre, la petite amie du client, un jeune amant un peu dépendant... Tous révéleront un désir, réveilleront des fantasmes, et allumeront sa flamme. Cet homo qui aime son côté hétérosexuel, ou cet hétéro qui se plait mieux dans l'homosexualité, ou ce bi qui se dédouble - on ne sait plus très bien et ça n'a aucune importance - cherche l'être idéal, en vain. En voyant des seins ou en imaginant un slip, en discutant littérature avec les femmes ou en souhaitant intellectualiser les voyous qui lui plaisent, il se perd dans ses sentiments et tentent de trouver une voie unique qui le stabiliserait.

A ce titre, l'ensemble du casting, premiers comme seconds rôles incarne merveilleusement cette "famille" élargie autour de Pascal Greggory. Son jeu légèrement décalé, presque faux, le met en marge de cette société qui l'opresse et l'empêche d'accéder au bonheur. Il en est observateur. Et à chaque fois qu'il en devient acteur, tout dérape, tout déraille vers un enchaînement de petites catastrophes entre amis: un quintet harmonieux et varié. Les performances de Julie Gayet, Alain Bashung et Vincent Martinez sont à la hauteur de leurs excentricités. On notera les admirables interprétations de Nathalie Richard en amoureuse névrosée équilibriste et de Cyrille Thouvenin en amant possessif pragamatique. Tous ont de quoi alimenter la rubrique "petit cochon" de Première.

Mais le film repose avant tout sur son écriture. Morales, pensées, principes, proverbes, Duran Cohen remplit ses images de bons mots, de belles réparties, de superbes répliques. Les phrases sont piquantes, cyniques et véridiques. Parfois, ce surplus de bavardages conduit les phrases à être trop sentencieuses, à tomber gratuitement, comme ça. Avec justesse, le scénario pose les frontières de l'amour et du désir, transgresse les tabous et les fantasmes, explose les sexualités pour mieux délimiter la nature de l'Homme, insatsifait, d'aujourd'hui. Le mal de ventre traduit simplement une maladie de l'amour. Et freudiennement, le film tire à boulets rouges sur les générations et schémas qui ont précédés, quitte à égarer leurs progénitures. Ces familles sont des monstres, des "freaks", physiques et mentaux, cruels et égoïstes.

La génération du personnage central est du coup trop généreuse et se pose trop de questions, se faisant souffrir. Si l'excitation amène la destruction , le sentiment amoureux est synonime de douloureux. Le sexe aussi cru soit-il n'est ici comparé qu'à la prostitution commerciale à laquelle nous nous livrons. Objet de désir, tout s'achète, se marchande, se troque ou se vend. Même les promesses ou les mensonges... On espère toujours quelque chose de l'autre. On a toujours le choix. Celui de choisir d'être intégré ou différent; de suivre son instinct ou d'obéïr aux leçons des autres. Le film aurait sûrement gagné à être moins réaliste et à baigner dans plus de lyrisme visuel. Finalement, on n'a toujours pas appris à donner, sans vouloir recevoir.

La Confusion des genres finit en apothéose optimiste où l'amour baigne dans le bonheur. Où toutes les portes restent ouvertes à ceux qui écoutent et regardent, qui ne jugent pas et aiment la complexité de la vie. Ce qui en fait un film bêtement intelligent, dans l'air du temps, où l'on pardonne tout, tout simplement. Il en aurait fallu de peu pour que cette confusion se dissipe et donne un sens universel à ce film.

Vincy (source internet : - Ecran Noir)

 

 


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